Lydia Lunch interview français & english!

L’interview avec Lydia Lunch est publié dans Love Love #9 – The Dream. Interview par Lisa Marie Järlborn. traduction en français par Alexia lamy. also in english below love lovers!

This is parts of the interview. Wanna watch the whole thing? Let us know & maybe we’ll get that sorted;)

Elle est le “Roi” bruyant new-yorkais de la No Wave, du Noise et du Spoken Word, qui peint le monde avec ses mots, sa poésie et sa présence depuis sa jeune adolescence dans les années 1970. Dans les groupes de musique, sur scène, dans les films, les documentaires et les podcasts, Lydia Lunch est une voix forte, féroce et combative pour les opprimés, les laissés-pour-compte et les marginaux : là où la protestation est nécessaire. Lydia Lunch n’en a rien à foutre de l’attention ; elle ne cherche l’approbation de personne. Elle préfère être détestée pour les bonnes raisons que d’être aimée pour les mauvaises et elle ne se taira jamais.

Je rencontre Lydia fin janvier lors d’une lecture de poésie et d’une projection de film à l’Université de Chicago à Paris. La séance s’intitule « Dead Men Talking » et Lydia lit ses propres poèmes ainsi que ceux de certains de ses auteurs favoris : Henry Miller, Herbert Huncke, Hubert Selby Jr., John Rechy et David Wojnarowicz. Des courts-métrages oniriques en noir et blanc de Jasmine Hirst accompagnent les lectures. J’avais vu Lydia deux fois auparavant, une fois jouant de la musique et une autre fois faisant du spoken word dans une galerie, deux performances différentes mais explosives. Ce n’est pas un cadre très rock’n’roll, mais l’esprit de Lydia est toujours aussi ardent. Elle est le genre de personne qui entre dans une pièce et l’envahit ; avec beaucoup d’humour, une arrogante confiance en soi, une voix forte et un fabuleux rire strident, elle se livre à son public.

Lydia Lunch a travaillé avec des artistes comme Thurston Moore, Brian Eno, Nick Cave et Roland S. Howard et chante actuellement des chansons de Suicide sur les scènes du monde entier accompagnée de Marc Hurtado. Après sa lecture à Paris, elle part directement à Barcelone avec Marc. J’ai à peine le temps de lui donner quelques magazines et de lui dire que j’aimerais l’interviewer pour Love Love. Cette interview a eu lieu lors d’un appel zoom entre Paris et Brooklyn, un soir sombre de janvier 2025.

Lydia Lunch. Photo by Jasmine Hirst.

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Lisa Marie: Lydia Lunch, tu es une force provocatrice dans la musique No Wave, Noise et le Spoken Word depuis la fin des années 70 et le début des années 80. Je me demande ce qui a éveillé ta créativité lorsque tu étais adolescente et ce qui continue de t’animer aujourd’hui ?

Lunch: Eh bien les émeutes qui ont eu lieu devant chez moi à Rochester, New York, en 1965 et 1967, c’est ça qui a déclenché mon besoin de protester. Ils ont mis le feu à la voiture de mon père, j’ai commencé à chanter : « Come on Baby Light My Fire » et c’est là que tout a vraiment commencé. Je me suis dit « il faut qu’il y ait protestation ».

Lisa Marie: Tu étais très jeune à l’époque, tu avais 8 ans ou quelque chose comme ça ?

Lunch: J’avais 8 ans. Je me souvenais pas de l’émeute qui avait eu lieu quand j’avais 5 ans. J’ai dû demander à certains de mes cousins. J’avais l’impression de vivre dans ma propre zone de guerre entre 5 et 8 ans. Puis à 9 ans j’ai commencé à tenir un journal.

Lisa Marie: Est-ce que tu tiens toujours un journal ?

Lunch: Non, j’écris ce qu’il est obligatoire d’écrire. J’ai pas un tas de carnets gribouillés sous mon lit. J’écris surtout quand y’a une nécessité de dire quelque chose, que ce soit un texte ou un monologue de spoken word. Et pourtant, j’ai quand même écrit plus de 400 chansons et je ne sais combien d’histoires et de discours. J’ai pas compté. Ça peut sembler prolifique pour certaines personnes, mais c’est pas comme si je devais bosser chaque minute pour me sentir en vie. Je fais juste ce qu’il faut, au moment où il faut, selon l’hystérie de l’histoire que je dois exprimer à cet instant. J’écris pas tous les jours, je suis pas obsédée si je ne fais rien. C’est juste que quand j’entreprends quelque chose, je suis très disciplinée. Je suis pas du genre à faire des plans ou prendre des notes ; c’est presque comme si j’étais une peintre automatique avec les mots. 

Lisa Marie: Comment écris-tu, tu utilises un bloc-notes ordinaire ou… ?

Lunch: J’ai utilisé beaucoup de serviettes en papier dans ma vie. Avant, je brûlais tous mes carnets après leur publication. J’ai commencé à les garder juste parce que j’ai de plus jolis carnets. Mais tu sais, en général, comme je l’ai dit, je passe pas mon temps à gribouiller.

J’ai écrit Paradoxia (l’autobiographie de Lydia), même si j’avais un ordinateur, à la machine à écrire, parce que je sentais qu’il fallait l’écrire à la machine à écrire. Comme mes héros Henry Miller et peut-être Hubert Selby s’il avait pu s’en offrir une.

Lisa Marie: Je suis une grande fan de machines à écrire moi aussi. Pour revenir à ton adolescence : en écoutant une autre de tes interviews, j’ai un peu eu l’impression que tu n’avais jamais vraiment grandi, ou plutôt que tu as grandi mais gardé l’adolescente en toi ? Tu serais d’accord avec ça ?

Lunch: Dans un sens, j’ai jamais été une enfant et dans un autre sens, j’ai jamais grandi, mais encore une fois, je suis dans lacontradiction, donc je suis le meilleur et le pire des deux mondes ou de tous les mondes. De la même manière, je me sens aussi bien homme que femme. La définition du genre, ça veut rien dire pour moi. J’ai été un drag king toute ma vie. Ne laisse pas les seins te duper, chérie. Je suis en train de faire du manspreading en ce moment même.

Lisa Marie: C’est génial, j’adore. Dans une autre interview que j’ai écoutée, tu disais que tu aimais « l’attention négative ». Je me demandais ce que tu penses que ça peut apporter, pour toi, mais aussi pour la société et pour les autres gens ? 

Lunch: Eh bien, je fuis pas l’attention négative. J’en ai eu beaucoup pendant toute  ma carrière. Je sais pas si j’en reçois maintenant parce que je vais pas, tu sais, fouiller sur les réseaux sociaux. Je gère même pas mon propre Facebook ou Instagram, j’ai des gens qui s’en occupent pour moi, parce que j’ai besoin d’un panneau d’affichage pour ce que je fais. Mais, je sais pas, je veux dire j’ai eu beaucoup d’attention négative au début, mais je préfère être détestée pour les bonnes raisons que d’être aimée pour les mauvaises raisons. Si ça a un sens. 

Lisa Marie: C’est le cas.

Lunch: Je suis pas là à chercher l’approbation de qui que ce soit. Je parle pour une minorité très spécifique d’intellectuels insatisfaits, possiblement sexuellement pervers.

Lisa Marie: Je pense que c’est super pour notre époque, on a besoin de plus de ça, en fait, on a besoin de plus de toi.

Lunch: Eh bien, tu peux l’avoir chaque semaine avec mon podcast The Lydian Spin, que j’ai commencé, je n’arrive même pas à y croire, ça fait 5 ans, 292 épisodes maintenant, et il est diffusé tous les vendredis. C’est un endroit où je peux exprimer mon spoken word, mes pensées immédiates sur ce qui se passe et exposer les gens à d’autres artistes importants qui sont têtus et acharnés, qui ne s’arrêteront pas et qui ne recherchent pas la popularité pour le plaisir d’être populaire. Ils font simplement ce qu’ils ont à faire. C’est pour la même raison que j’ai fait le documentaire « Artists – Depression Anxiety and Rage » que… je n’ai ni dépression, ni anxiété, mais tous mes merveilleux amis sont putain de misérables… alors j’ai dû le faire, quel que soit le but de tout ça…

Lisa Marie: Oui, je viens de découvrir The Lydian Spin, avec 5 ans de retard.

Lunch: En ce qui concerne l’attention, négative ou pas, je n’en ai rien à foutre. Je fais ce que je fais, comme une performance intime. J’aime pouvoir regarder tout le monde dans les yeux. Je sais pas pourquoi les gens viennent à quoi que ce soit. Je suis contente qu’ils viennent, qu’ils soient là, j’en suis très reconnaissante. Je sais pas ce que les gens recherchent, mais j’espère qu’ils le trouvent parce que je sais que j’offre quelque chose qui est plutôt rare de nos jours, à savoir des opinions féminines puissantes et controversées, du sarcasme et de l’humour.

Lisa Marie: Pour en revenir à tes discours ou conférences sur l’émancipation des femmes… je trouve que tu dégages une confiance énorme et que tu sembles très ancrée dans ta croyance en toi-même. Je me demandais juste comment ça se fait, à ton avis ? Aurais-tu un conseil à donner aux personnes qui doutent d’elles-mêmes ?  

Lunch: Je sais pas pourquoi je suis si arrogante. Dans le meilleur sens du terme, car mon arrogance n’est pas au détriment des autres. J’aimerais que plus de gens ressentent comme moi. En faisant le documentaire que j’ai fait, j’étais un peu sidérée de voir à quel point tant de gens souffraient d’insécurité, d’anxiété et de dépression. Je suppose qu’en tant que personne qui a traversé une zone de guerre dans mon enfance, à la fois à l’intérieur et à l’extérieur de sa maison, il est arrivé un moment où j’ai tout simplement refusé de prendre la responsabilité des crimes des autres. Déjà, je pense que c’est ce qui cause la dépression ou l’anxiété chez beaucoup de gens. Qu’il s’agisse d’inceste, de pauvreté, de harcèlement ou autre, « ce » qui s’est passé dans votre enfance essaie de vous détruire en tant qu’individu, en tant qu’être humain, en tant qu’homme ou en tant que femme… J’ai tout simplement refusé d’accepter ça.

Je pense qu’il y a une implication génétique dans nos problèmes, ce n’est pas la réincarnation, je crois que c’est la mémoire moléculaire et que ça traverse toutes nos lignées. Il y a tellement d’histoire de guerre et de dévastation, de violence, d’amour et de possibilités… et je pense que parfois les gens sont pollués par ce qu’ils ne peuvent pas définir. Voilà ; et en ce qui concerne la confiance, je veux dire, je savais dès le départ que quand j’ai commencé un truc comme Teenage Jesus, ça allait agacer beaucoup de gens. Puis il y a des personnes, en particulier les métalleux, je sais pas pourquoi, qui pensent que c’est la meilleure chose qu’ils aient jamais entendue et étudient mon jeu de guitare. (Ouais, t’apprendras jamais à le faire, tu en sais déjà trop).

Mais j’aimerais que plus de gens puissent simplement éliminer ces émotions toxiques qui leur sont imposées par les parents ou la société. J’ai dû être ma plus grande fan, parce que chérie, j’en avais pas des masses quand j’ai commencé. Je sais même pas si j’en ai beaucoup plus aujourd’hui. Ça n’a pas d’importance. Je fais ce que je fais, et tu sais, j’organise aussi ces ateliers pour les femmes. Je pense que l’écriture, qu’elle soit semi-professionnelle, qu’elle serve de journal ou qu’elle soit professionnelle, est une source de pouvoir. Le pouvoir du mot. Je veux dire, l’écriture est un sport tellement onaniste que je pense qu’il est important pour quelqu’un qui écrit, comme on le fait de manière isolée, d’entendre ses mots dans la bouche d’une autre personne. 

Je veux plus de voix féminines sur scène. Je vais certainement pas me taire.

Lisa Marie: C’est génial. Ne t’arrêtes pas.

Lunch: Je peux pas. Je le ferai pas, yeah.

Lisa Marie: Tu t’es déjà décrite comme une « confrontationniste ». Tu as dit que tu voulais être la voix des personnes malmenées ou marginalisées. Aujourd’hui, avec tout ce qui se passe aux États-Unis, penses-tu que tu pourrais être une figure emblématique, d’une certaine manière, dénonçant les injustices ?  

Lunch: Eh bien, je pense que si je m’appelais Lenny Lunch, j’aurais sûrement plus de popularité, mais entendons-nous bien ; ils nous craignent, ils craignent notre pouvoir, ils craignent notre vaudou sexuel… J’ai commencé à parler politiquement sous Ronald Reagan, je pourrais ressortir les discours que je faisais à l’époque et faire les mêmes aujourd’hui, parce que le problème est le même. C’est pourquoi l’un de mes mantras est « comme ça l’a toujours été ».

Les gens disent : « Oh, notre époque est si horrible ». Eh bien, tu sais quoi, il en a été de même au Moyen-Âge, dans les années 1700, 1800, au début des années 1900, en 1942… tout a toujours été dirigé par une bite, tout a toujours été dicté par les riches. Ils font ce qu’ils veulent des pauvres, ça a toujours été une forme d’esclavage. Parce que je pense pas qu’être payé $20 de l’heure soit une libération de l’esclavage. Je pense juste que c’est de l’esclavage endoctriné, comme ça l’a toujours été. 

J’ai pas assez de balles pour les éliminer tous. L’Empire va tomber, il est en train de tomber… le Roi n’a pas d’habits, il pue. C’est très important pour moi de les accuser de ce dont ils sont coupables.

Lisa Marie: Je viens d’écouter un des derniers épisodes de ton podcast, intitulé « Mad Women/Bad Choices » avec la poète Matilda Joon, c’était un épisode très intéressant…

THE LYDIAN SPIN

Lunch: C’est à écouter absolument. Je veux que les femmes soient puissantes, fortes et qu’elles ne tolèrent aucune connerie, qu’elle soit physique, psychologique ou psychique, mais on tombe toutes dans le piège à un moment ou un autre, et cet épisode en particulier parle de ça. D’abord, le poème de Matilda est tellement beau, parce qu’il est sombrement et magnifiquement romantique. Et puis, peu importe notre âge, on tombe parfois dans ces pièges romantiques, en espérant que ce soit mieux que la dernière fois. Mais il faut être assez forte pour se dire qu’on ne tolèrera aucune connerie. La deuxième partie du podcast est consacrée à l’épouse d’un homme qui a été accusé d’atrocités horribles bien des années plus tard, des accusations qui se sont révélées être fausses, perverses dans leur nature même et erronées. On entend toujours les accusations, mais je n’ai jamais entendu parler de l’épouse d’une personne qui possède les preuves contre l’accusateur, ce qui prouve qu’elles sont absolument ridicules. Je veux dire, c’est un aspect de la conversation qu’on a jamais eu et qu’on doit avoir.

Je ne blâme jamais, jamais les victimes. Je blâme les mères de ne pas apprendre à leurs filles à être plus fortes. Et les pères de ne pas apprendre aux garçons… tu sais, il ne faut pas leur apprendre à juste être forts, « sois un homme, ne pleure pas ». Ça les transforme en tyrans. Et je pense qu’il y a un vrai problème à élever les enfants avec un concept de ségrégation sexuelle. Si les femmes acceptaient davantage leurs tendances masculines et les hommes leurs tendances féminines, notre société s’en porterait bien mieux. Surtout quand on a tant de dictateurs, de bellicistes masculins impuissants, de suceurs de bites à grande gueule bourrés d’insécurité en position de pouvoir.  

Il faut qu’on nous apprenne qu’on était des guerrières, nous les femmes. Tu peux apprendre à casser une bite si elle te plaît pas, c’est tout ce que je dis. Mais bon, ça, c’est qu’un exemple très intime et minuscule du problème. Le problème est bien plus grand parce qu’il est mondial, qu’il est ancien et qu’il est éternel. Les femmes sont constamment maltraitées, tout comme les hommes. Beaucoup d’hommes sont maltraités juste parce qu’ils ne sont pas « les mecs connards » qu’on attend d’eux. Il y a tellement de facettes à l’injustice. C’est pour ça que je peux jamais me taire, je dois continuer à essayer de l’exprimer de toutes les manières possibles.

Lisa Marie: Ce magazine s’appelle Love Love Magazine, et à propos de l’amour romantique, je t’ai déjà entendue dire que ça t’avait plutôt réussi d’avoir plusieurs petits amis en même temps, alors je me posais la question : Que penses-tu de l’amour romantique ? As-tu des conseils pour s’y retrouver ?

Lunch: Tu sais, à ce stade, avec la vie que j’ai vécue, à certains moments, j’ai pu avoir six petits amis en même temps, mais c’est seulement parce que je ne mets pas sur une seule personne la responsabilité de satisfaire tous mes besoins. Je trouve ça déplacé. Je pense que c’est là que beaucoup de relations échouent, et après t’es déçue. Il y a quelques années, j’ai dû chercher le mot « déception » dans le dictionnaire. « Déception » – tu attendais ou supposais quelque chose et tu ne l’as pas obtenu. Eh bien moi, je ne fais pas porter le poids de ma satisfaction sur une seule personne et parfois, je n’en fais porter la responsabilité à personne d’autre qu’à moi-même. Je pense qu’on doit apprendre à remplir le vide en nous-mêmes, surtout en tant que femmes, pour être plus libérées dans une relation. Pour qu’on ne panique pas pour des choses stupides comme la jalousie. Je veux dire, j’ai été jalouse une fois. Je me suis dit « Oh mon Dieu c’est tellement horrible, comment les gens peuvent vivre comme ça ? » J’ai énormément d’amour pour les gens. J’ai eu beaucoup de relations longues, j’ai eu plus de trois ou quatre relations de sept ans. J’ai aussi eu beaucoup de relations d’une heure, soyons clairs. J’ai énormément d’amour en moi, mais il n’a pas forcément à s’exprimer sous la forme d’une relation romantique exclusive, tu vois. Il y a plein de formes d’amour. Mais je pense qu’une fois qu’on apprend à être plus satisfait en nous-mêmes, on est moins déçu par une relation, que ce soit au début ou à la fin, et on peut y apporter beaucoup plus.

On peut aimer à différents niveaux avec différentes personnes sans forcément finir avec le cœur brisé. Ce n’est pas que je n’ai pas eu le cœur brisé, allez, on l’a tous eu. Mais plus maintenant, plus besoin, parce que j’ai trop d’amour pour moi-même. 

Lydia Lunch with Love Love. Paris, Mai 2025. Polaroids: Lisa Marie Järlborn

Lisa Marie: Ce que je retiens c’est qu’il faut garder son indépendance dans une relation… et peut-être dès le départ on peut dire « voilà ce que je veux » et tout mettre sur la table ?

Lunch: Il faut aussi se débarrasser du concept de jalousie sexuelle. Dans une relation, la libido évolue à des rythmes différents et il arrive que tu ne sois plus aussi enthousiaste qu’au début. Je vois les choses comme ça : si quelqu’un aime jouer au golf et pas toi, il ou elle devrait pouvoir aller jouer au golf, putain. Si quelqu’un a envie de baiser et que toi tu n’as pas envie de baiser, il ou elle devrait pouvoir sortir et baiser. Et ce n’est que mon avis, que cela améliore les relations.

Je ne crois pas en la monogamie, pas plus que je ne crois au mariage, ni au gouvernement des États-Unis. Je ne crois pas en la bourse, et je ne serai certainement jamais impliquée dans un accouchement. Je n’y crois pas, je pense que c’est mal, je pense que c’est une construction chrétienne pour empêcher nos chattes de s’amuser. Parfois, il faut juste nourrir la chatte, bébé. Parfois, il faut juste y aller, et pas forcément avec un mec avec qui on couche, bon sang.

Voilà pour le petit conseil sexo, c’est cadeau.

Lisa Marie: Merci Lydia.

Revenons à tes années adolescentes. Tu as arrêté l’école et tu es partie à New York à l’âge de 14 ans, il me semble ?

Lunch: J’y suis allée à 13 ans, je suis repartie et j’ai gagné de l’argent, puis j’y suis retournée à 16 ans pour de bon, oui. J’ai quitté l’école à 15 ans. Ils voulaient que je lise John Steinbeck. J’ai refusé. J’avais déjà lu Hubert Selby et Henry Miller. Mon professeur d’anglais m’a dit : “Ce cours n’est pas pour toi, n’est-ce pas ? J’ai répondu : « Non, et l’école non plus » et j’ai pris la porte pour ne plus jamais y retourner.

Lisa Marie: Puis tu es allée à New York ? C’était donc au milieu des années 70 ?

Lunch: J’y suis allée pour la première fois en 1973 et j’y suis retournée en 1976 avec un peu d’argent en poche que j’avais obtenu en travaillant dans un hôtel avec une fausse carte d’identité, parce que j’étais bien sûr mineure.

Lisa Marie: C’est une période dont beaucoup de gens rêvent aujourd’hui. Je me demandais comment c’était quand tu es arrivée là-bas ?

Lunch: Pour commencer, New York c’était comme Beyrouth sur l’Hudson. Dans le Lower East Side, où tout le monde s’était installé, énormément d’immeubles ont été bombardés et incendiés. En gros, il s’agissait d’un stratagème des agences immobilières et des banques pour brûler tous ceux qui vivaient dans ces appartements miteux à bas prix : les artistes, les gays, les immigrés, les gens bizarres… Mon premier appart coûtait $75 à New York. On peut pas louer des toilettes pour $75 (aujourd’hui)… mais ils avaient délibérément brûlé une grande partie du Lower East Side parce que les banquiers et les agents immobiliers, contrairement à vous et moi qui pensons à payer notre loyer le mois prochain, pensent en cycles de 20 à 30 ans. Et ce qui s’est passé 30 ans plus tard, c’est que l’appartement où je vivais pour $75 en vaut aujourd’hui $3000, parce qu’ils l’ont délibérément brûlé et se sont débarrassés de tous les immigrés, les artistes bizarres, etc. et l’ont rendu inabordable. A moins d’avoir un père riche.

Il ne m’est jamais rien arrivé de grave dans les rues de New York parce que j’étais immunisée. Mais il a fallu apprendre que tous les cinq pas, on se ferait harcelé verbalement. On peut pas se battre verbalement ou physiquement avec tout le monde dans la rue, alors j’ai dû devenir une sorte de comédienne ambulante. Parce que le temps qu’ils arrêtent de rire, t’es déjà plus dans le quartier. C’est dans la rue que j’ai développé mon côté comique.

C’était une période géniale, mais je pense qu’il y a eu beaucoup de périodes géniales où la créativité était un virus qui se propageait par cycles dans des lieux géographiques cycliques, jusqu’à ce qu’internet prenne le relais et que tout soit plus dispersé. Je veux dire, si on regarde le Berlin de Weimar dans les années 20 et 30, Chicago dans les années 40 avec le blues, les années 50 ça pourrait être Memphis et le rock and roll, les années 60 et 70 c’était Londres, New York, New York dans les années 80, après les choses ont commencé à changer, parce qu’internet n’avait pas nécessairement besoin d’un coin pourri pour que les gens s’y ramènent. En ce sens, la créativité ressemblait à un virus en perpétuel mouvement qui attirait les gens. New York, c’était… je veux dire, il y avait tellement de formes d’art différentes à ce moment-là. A cause de ce qui venait juste de se passer avant nous – les luttes raciales, le Vietnam, Nixon, l’assassinat de Kennedy, Charles Manson – il y avait tellement de choses atroces, tellement intenses, qu’on avait pas le choix… Taxi Driver par exemple, ça, c’était une vraie influence pour moi. Il fallait absorber tout ça et le recracher… dans une ville à qui le président avait littéralement dit d’aller crever. Le général Ford avait dit à New York : « Crève » (« Drop dead »). La ville était déjà en faillite.

Qu’est-ce que tu veux faire ? La foutre à la flotte ? Sérieusement ? Alors moi, je suis allée à New York et je me suis jetée dedans. Mes premiers amis là-bas c’était Suicide. D’où ce que je fais en tournée en ce moment : un hommage au groupe Suicide. Puisqu’ils ne sont plus là pour le faire eux-mêmes. Tu sais, voir Suicide sur scène, ça m’a marquée. C’était une grosse influence, parce que je savais déjà que je voulais pas faire de la musique « normale ». Les groupes qui m’avaient poussée à m’enfuir à New York, genre les New York Dolls, à ce moment-là je les trouvais trop conservateurs et je suis vraiment allée là-bas pour faire du spoken word. Sauf qu’il n’y avait pas de lieux pour ça. C’était la poésie rock’n’roll, ce que je ne voulais pas faire. Donc avec un groupe à moitié instrumental, les mots prenaient une importance énorme… Dès 1982, j’organisais moi-même des soirées de spoken word, balançant mes mots à la gueule du public, qu’ils aiment ça ou non. 

Lisa Marie: Tu vivais dans un appartement juste à côté de Max’s Kansas City ?

Lunch: Oui, c’était le premier endroit après m’être enfuie. Je suis allée dans un bar dont j’avais entendu parler, j’ai chopé le chanteur et j’ai emménagé dans un loft que Kitty, la fille de Lenny Bruce, était justement en train de quitter. C’était à deux pas de Max’s Kansas City et c’est comme ça que tout a commencé.

Lisa Marie: Combien de temps es-tu restée là-bas ?

Lunch: Quelques mois. Tu sais, je bougeais tout le temps. Enfin, regardons les choses en face, j’allais pas trouver un vrai travail, rester à un coin de rue avec un bloc-notes jaune à demander un dollar aux femmes pour le United Cancer Fund, parce que des enfants naissent avec le cancer. J’avais besoin de $10 par jour, à l’époque on avait pas besoin de plus. J’ai squatté des canapés jusqu’à ce que je trouve enfin un appartement pour $75. Honnêtement, je sais même pas comment j’ai réussi à subvenir à mes besoins pendant toutes ces années à New York, mais bon c’était carrément bien moins cher qu’aujourd’hui, donc voilà.

Lisa Marie: Revenons au spoken word que tu viens de mentionner, tu as commencé au début des années 80. Tu disais que tu voulais en faire plus tôt ?

Lunch: En fait, ma toute première performance, c’était à 14 ans à Buffalo, New York. Tout ce dont je me souviens c’est d’une lumière stroboscopique, et de la poésie acide et négative. C’est tout.

Lisa Marie: Tu as dit que lorsque tu as commencé à faire du spoken word, tu devais utiliser un langage agressif, « le langage de l’ennemi pour exercer ta propre possession démoniaque » ? Et justement, avec ce qui se passe aux Etats-Unis en ce moment, je repensais à ce « langage agressif » utilisé (par les Républicains). Est-ce que tu ressens le besoin de leur répondre avec la même rhétorique ?

Lunch: Tu sais quoi, je suis plutôt agressive. Je peux être carrément brutale et je suis une excellente emmerdeuse, donc déjà, tu peux pas me surpasser dans ce domaine. Surtout maintenant. J’ai toujours eu un langage brutal. Mon langage a toujours été agressif, surtout quand je parle de politique. Tu sais, je me souviens d’une critique du Village Voice qui aimait bien mes collègues artistes, Karen Finley David, elle m’a accusé lors de ma première performance complète : genre « t’exagères la putain de guerre » tu vois ? Sérieusement, une petite femme avec une grande gueule… et donc 20 ans plus tard, quand je fais un projet appelé « This is For the Ghost of, you know, the Widows and Orphans » où je citais plein de zones ravagées par la guerre, elle était à genoux, en larmes : « Je m’en vais maintenant ». Tu captes, comment tu peux exagérer la guerre, bordel ? Mon langage est tellement extrême et agressif que ça peut sembler exagéré, mais des milliers et des milliers de gens crèvent, donc ferme-là. Je peux pas arrêter de parler de la putain de guerre. Mon documentaire s’appelle « The War is Never Over » (« La guerre n’est jamais finie »), que ce soit la guerre intérieure ou la grande guerre politique. Je n’arrête pas, parce que ça ne s’arrête pas. Alors je dois juste trouver de nouveaux langages, de nouvelles méthodes, de nouvelles manières, comme le podcast, pour pouvoir être celle que je suis vraiment : une femme seule sur une montagne, avec un porte-voix et un fusil. Et je sais très bien m’en servir, d’ailleurs.

Lisa Marie: Ne te tais jamais, surtout pas.

Parlons un peu de musique. Tu as collaboré avec des artistes comme Brian Eno, Nick Cave et Sonic Youth. Ce qui m’intéresse c’est de savoir comment tu as réussi à rester indépendante et à continuer ton art sans l’aide, par exemple, de grandes maisons de disques ?

Lunch: D’abord, aucune major n’aurait jamais voulu de moi. Brian, tu sais, il n’a rien fait sur l’album New York en ce qui concerne Teenage Jesus. Nick Cave ne représente rien pour moi. C’était Roland S. Howard qui était important et c’est avec lui qu’on a fait Shotgun Wedding et Some Velvet Morning. Sonic Youth, j’ai fait un morceau avec eux… Jim Thirlwell était bien plus important, on a fait plein de trucs ensemble. Thurston Moore aussi.

Parce que je suis une conceptualiste, je pars toujours d’un son que je veux créer, et ensuite je cherche qui serait le ou la mieux placé·e pour s’approprier ce son. Donc personne (à part Omar Rodríguez) ne me propose rien. C’est toujours moi qui suis allée vers les autres, mais pas pour ce qu’ils sont, plutôt pour ce qu’on peut créer ensemble. Si tu me demandes avec qui j’aimerais bosser et que je ne l’ai pas encore fait, je te dirais : « J’en sais rien » parce que c’est le concept qui dicte qui doit participer. Et aussi parce que ma musique est en perpétuelle contradiction. Je suis comme une schizophrène musicale, j’imagine. J’ai trop écouté David Bowie, jusqu’à Diamond Dogs, mon album préféré. C’est lui qui m’a appris la schizophrénie musicale.

Lisa Marie: Ce numéro de Love Love a un thème : le rêve. Je t’ai entendu dire que tu dors très peu, alors ma question est : est-ce que tu rêves quand tu dors ? Je t’ai aussi entendu dire que tu te reposais beaucoup et que tu entrais dans un état méditatif… Tu te sens connectée à ton subconscient ?

Lunch: Écoute, j’ai un sommeil fractionné. Ça fait des années que je fonctionne comme ça, mais ça me convient. Je dors par périodes de 2 heures, je me réveille un moment, puis je me rendors. Je rêve rarement, ou alors je m’en souviens pas, parce que je dors pas assez longtemps. Mais quand je rêve… Le dernier rêve que j’ai fait c’était « un de mes amants qui était un meurtrier, qui s’est suicidé, et un de mes amants qui a fait 10 ans de prison », j’ai rêvé que celui qui s’était suicidé était vivant, et celui qui était en prison venait lui rendre visite. Celui qui était mort a fait à celui qui était vivant un suplex — comme The Undertaker, le catcheur, et je me suis réveillée en me disant « ben s’il l’avait connu, le mort aurait tué le taulard. » c’est le genre de rêves que je fais, intense.

Lisa Marie: Tu te décris comme une nomade. Je me demandais juste, comment tu vis aujourd’hui ? Est-ce que tu as un endroit à toi ?

Lunch: Comme je l’ai dit, je suis allée en Europe six fois l’an passé. J’ai toujours besoin de bouger. J’ai vécu à New York, à la Nouvelle-Orléans, à Pittsburgh, que j’ai adorée, à San Francisco, deux fois à Los Angeles, à Londres, à Barcelone,… Là, j’ai un super appartement, merci, mais toutes les deux semaines, je me dis « et ensuite » ? Je suis toujours en vadrouille, et ça apaise un peu mon Wanderlust, ouais.

Lisa Marie: On s’est croisées brièvement à l’Université de Chicago ici à Paris, il y a quelques semaines, et tu lisais des extraits de cinq de tes auteurs préférés : Hubert Selby Jr., Henry Miller, Herbert Huncke, ouais, tous des hommes blancs morts aujourd’hui…

Lunch: Ca s’appelait justement “Dead Men Talking” (“les hommes morts qui parlent”)

Lydia Lunch’s “Dead Men Talking”. Université de Chicago, Paris, 2025. Photo: Lisa Marie Järlborn.

Lisa Marie: Qu’est-ce qui t’a influencée chez ces auteurs en particulier et penses-tu qu’il y a une raison au fait qu’ils soient tous des hommes ?

Lunch: Eh bien, ces auteurs ont influencé mon style d’écriture dans le sens où ils parlaient de la vraie vie, et ça, c’était important pour moi. Ils parlaient de leur résistance à la norme. Ils vivaient tous en marge de tout et exprimaient les possibilités horribles, autant les meilleures que les pires, de la vie telle qu’on la connaît. Surtout Henry Miller, qui écrivait et a quitté l’Amérique dans les années 30. Le texte que j’ai lu, il l’a écrit juste avant de partir pour Paris, et c’est d’un romantisme noir absolument magnifique. Ce n’est pas que je n’ai pas lu de grandes auteures, c’est juste que ce sont ces écrivains-là qui m’ont influencée quand je suis tombée sur leurs livres à 12 ou 13 ans. Ils parlaient d’un côté très sombre de l’existence auquel je pouvais m’identifier dans ma propre noirceur, vivant dans un sous-sol noir, que je fuyais régulièrement… Et puis Henry Miller, c’est aussi le maître de la phrase interminable et je pense que ma vie entière est une phrase interminable, parce que je la ferme jamais.

Herbert Huncke, les gens célèbres ne savent pas vraiment qui il est, bien qu’il ait été l’inspiration pour « Junkie ». Il a emmené William Burroughs et Allen Ginsberg à Kinsey. Le Kinsey Report faisait une étude sur la sexualité dans les années 50, et ils te payaient $3 ou quelque chose comme ça, et Huncke les a amenés tous les deux à ce truc, et c’est lui qui a fait un fix à William Burroughs pour la première fois. Je sais pas si c’est un avantage ou un inconvénient, mais il l’a fait, donc c’était lui le junkie originel et c’était son mode de vie qui a été observé puis appliqué à l’écriture de Burroughs et Ginsberg. Les pionniers sont souvent ignorés. En France, la plupart de ces écrivains sont beaucoup mieux connus qu’en Amérique. Je n’arrive pas à croire combien de mes amis n’ont jamais lu Henry Miller. Je comprends pas, je suis là : tu te fous de moi ? de quoi tu parles ? Surtout parce que son langage est hyper poétique et que c’est vraiment une magnifique description d’une vie qui cherche le plaisir tout en étant insatisfait du statu quo. Bienvenue dans mon monde.

Lisa Marie: Je sais que tu as vécu à Barcelone pendant un moment ?

Lunch: Oui j’ai vécu à Barcelone plus longtemps que n’importe où ailleurs, y compris New York. En fait, j’ai vécu à Barcelone plus longtemps que ce que j’ai vécu à New York au total, parce que je joue surtout en Europe, et je suis partie après que Bush a volé la deuxième élection. Alors, est-ce que ça veut dire que je vais repartir maintenant qu’il y a un nouveau roi à New York ? Eh bien, je vais peut-être devoir rester ici tel le foie de l’Amérique juste pour filtrer toute cette merde. Je suis pas sûre de pouvoir faire ça ailleurs.

Marc Hurtado avec The Dream – Love Love#9. Photo: Lisa Marie Järlborn

Lisa Marie: Depuis combien de temps tu joues avec Marc Hurtado ?

Lunch: Je sais pas, huit ans, aucune idée. Je fais d’autres choses, d’autres projets musicaux aussi. Je suis passée de l’hommage à Suicide à Murderous… Again aux Etats-Unis qui est un trio que j’ai avec Tim Dahl, co-hôte de mon podcast, et Matt Nelson. C’est basse, sax et voix. J’appelle ça des symphonies sataniques et du burlesque verbal, c’est une façon de faire du spoken word, mais avec de la musique.

Lydia Lunch & Marc Hurtado. Supersonic Records, Paris, 8 mai 2025. Photo: Lisa Marie Järlborn.

Lisa Marie: Et pour la suite ?

Lunch: Regarder Forensics, boire un peu de whisky sûrement, avec du jus de cerise acidulée. J’ai deux albums terminés qui vont sortir. Un avec Sylvia Black, un avec Tim Dahl, et en ce moment je présente mon film “Artists – Depression Anxiety and Rage” un peu partout.

read it in english lovers:

She is the loud mouthed No Wave, Noise & Spoken Word ‘King’ of New York, who’s been painting the world with her words, poetry and presence since her early teens in the 1970s. In bands, on stages, in movies, documentaries & podcasts, Lydia Lunch is a strong, fierce and fighting voice for the battered, for the underdogs and the marginalized: for where protest is needed. Lydia Lunch doesn’t give a fuck about attention; she isn’t looking for anyone’s approval. She’d rather be hated for the right reasons than be loved for the wrong ones and she’ll never shut up.

I meet Lydia in late January at a poetry reading and film screening at the University of Chicago in Paris. The session is called “Dead Men Talking” and Lydia is reading her own poetry and that of some of her literary favorites: Henry Miller, Herbert Huncke, Hubert Selby Jr., John Rechy and David Wojnarowicz. Dreamlike, black and white short films by Jasmine Hirst accompany the readings. I’ve seen Lydia twice before, once playing music and once doing spoken word at a gallery, two different but explosive performances. This is less of a rock ‘n’ roll setting, but Lydia’s spirit is fiery as usual. She is that kind of person who walks into a room and takes it; with a lot of humour, a cocky confidence, a loud voice and a fabulous shrill laughter she shares herself with her audience.

Lydia Lunch has worked with artists like Thurston Moore, Brian Eno, Nick Cave & Roland S. Howard and is currently singing Suicide songs on stages around the world accompanied by Marc Hurtado. After her reading in Paris, she is heading directly to Barcelona with Marc. I only have time to give her a couple of magazines and tell her I’d love to interview her for Love Love. This interview was made on a zoom call from Paris to Brooklyn on a dark January eve 2025.

Lydia Lunch. Photo by Jasmine Hirst.

Wanna read it on paper? Get the Love Love #9 – The Dream:

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Lisa Marie: Lydia Lunch you’ve been a confrontational force in no Wave Music, Noise and Spoken Word since the late 70s and early 80s. I’m wondering what sparked your creativity when you were a teenager and what drives you still today? 

Lunch: Yeah well the riots that happened in front of my house in Rochester, New York in 1965 and 1967 sparked my need to protest. They set my father’s car on fire, to which I started singing: “Come on Baby Light My Fire” and that really started it off. I was like “there must be protest”.

Lisa Marie: You were very little then, like eight years old or something? 

Lunch: I was eight years old. I didn’t remember the riot that happened when I was five. I had to ask some of my cousins about that.  It felt like I was living in my own personal war zone between the ages of five and eight. Then I was nine years old when I started keeping journals. 

Lisa Marie: Do you still keep journals?

Lunch: No, I write what is mandatory to write. I don’t have a bunch of doodles under my bed. Mostly I write when there’s a necessity to say something, whether it’s a lyric, or a spoken word monologue. In spite of that I’ve still written over 400 songs and I don’t know how many stories or speeches. I haven’t counted. It may seem prolific to some people, but I’m not driven to work every minute or I’m not alive. I just do what’s necessary at the time according to the hysteria of history that I have to articulate at the moment. I’m not writing every day, I’m not obsessed if I’m not doing anything. It’s just when I set out to do something, I’m very disciplined in it. I’m not someone who writes outlines or takes notes; I’m almost like an automatic painter with words.

Lisa Marie: How do you write, do you use a regular notepad or…? 

Lunch: I’ve used a lot of napkins in my day. I used to burn all my notebooks after they were published.  I’ve started saving them just because I have nicer notebooks. But you know, usually, like I said, I’m not just sitting there doodling.

I wrote Paradoxia (Lydia’s memoir), even though I had a computer, on the typewriter, because it felt like it needed to be written on a typewriter. Like my heroes Henry Miller and maybe Hubert Selby if they could afford one. 

Lisa Marie: I’m a big fan of typewriters myself. Going back to your teenage self though. Listening to another interview you did, it kind of felt to me that you never really grew up, or rather that you grew up, but you kept the teenager inside? Do you agree with me on that?

Lunch: In one sense I was never a child and in another sense I’ve never grown up, but then again I’m a contrarian, so I’m the best and worst of both or all worlds. The same way I feel equally as male as I do female. Gender definition means nothing to me. I’ve been a drag king my whole life. Don’t let the tits fool you honey. I’m manspreading right now. 

Lisa Marie: That’s great, I love that. Another quote from you in an interview I listened to was you saying that you like “negative attention”. I was wondering what you think it’s good for (negative attention), for you yourself, but also for society and for other people? 

Lisa Marie: It does.

Lunch: I’m not out there looking for anybody’s approval. I speak for a very specific minority of dissatisfied intellectual, possibly sexually perverse people.

Lydia Lunch by Jasmine Hirst.

Lisa Marie: I think that’s great for today, like we need more of that, actually, more of you.

Lunch: Well, you can have it every week with my podcast The Lydian Spin, which I started, I can’t even believe it, it’s been five years, 292 episodes now, and it goes out every Friday. It’s a place where I could put my spoken word, my immediate thoughts of what’s going on and then also expose people to other important artists who are stubborn and relentless, will not stop and are not seeking popularity for the sake of being popular. They’re just doing what they have to do. It’s for the same reason I made the documentary “Artists – Depression Anxiety and Rage” which…I don’t have; depression, nor anxiety, but all my wonderful friends are fucking miserable…so I had to do that, um whatever the point of all that was… 

Lisa Marie: Yeah, I’ve just discovered The Lydian Spin, like five years late.

Lunch: A far as negative attention I don’t give a fuck about any attention. I do what I do, like an intimate performance. I like being able to look in everybody’s eyes. I don’t know why anybody comes to anything. I’m happy they’re coming, that they’re there, I’m very thankful. I’m not sure what anybody’s looking for, but I do hope they find it because I know I’m offering something that is rather rare in this day and age, which is controversial female powerful opinions, sarcasm and humour.

Lisa Marie: Going back to your women empowerment speeches or lectures…I think that you ooze of confidence and you seem very rooted in your belief in yourself. I was just wondering why that is you think? Could you give any advice to self-doubting people out there?  

Lunch: I have no idea why I’m so arrogant. In the best possible way, because my arrogance is not at the expense of others. I wish more people felt like I do. In making the documentary that I did I was kind of astonished that so many people had so much insecurity and anxiety and depression. I guess, just as somebody that went through a war zone in childhood, both inside and outside of my house, there came a point where I just flatlined and refused to take the blame for other people’s crimes. First of all I think that’s what causes a lot of people to have depression or anxiety. Whether it’s incest or poverty or being bullied or whatever, “that” in your childhood is trying to destroy you as an individual, as a human being, as a man or woman… I just refused to accept that. 

I think there is a genetic implication of our problems, it’s not reincarnation, I believe it’s molecular memory and in all of our bloodlines. There’s so much history of war and you know; devastation and violence and love and possibility…and I think that sometimes people are polluted by that which they cannot define. That’s one thing, and as far as confidence, I mean I just knew from the beginning that when I started something like Teenage Jesus; this is gonna annoy a lot of people. Then other people, like especially metal dudes, I don’t know why, think it’s the greatest thing they’ve ever heard and study my guitar playing. (Yeah, you’ll never learn how to do it, you already know too much.)

But I wish more people could just eliminate these toxic emotions that are put upon them by either parents or society. I had to be my biggest fan, because honey, I didn’t have that many when I first began. I don’t even know if I have that many now. It doesn’t matter. I do what I do, and you know; I also do these workshops for women. I think what’s very empowering especially is writing, whether you’re doing it semi-professionally, as a journal, or professionally. That gives power, the power of the word. I mean writing is such an onanistic sport that I think it’s important for somebody who’s writing, as we do in isolation, to hear his or her words from some other mouth. 

I want more women’s voices on stage. I’m certainly not going to shut up. 

Lisa Marie: That’s great. Don’t.

Lunch:  I can’t. I won’t yeah. 

Lisa Marie: You’ve called yourself a confrontationist. You’ve said you want wanted to be the mouth of the battered or marginalized people. Right now with what’s going on in the States, do you think that you could be a leading figure in some ways, voicing injustices? 

Lunch: Well, I think that if my name was Lenny Lunch I might have a bigger popularity but let’s reason; they fear us, they fear our power, they fear our sex voodoo… But I mean; it’s just mandatory. I started speaking politically under Ronald Reagan so I can take the speeches I did then and just do the same ones now, because it’s the same problem. That’s why one of my mantras is “the same as it ever was”. People say: “oh these times are so awful”. Well, you know what, so were the Middle Ages, so were the 1700s 1800s early 1900s 1942…it’s always been run by a dick, it’s always been dictated by the rich. They will do whatever they want to the poor, it’s still slavery. Because I don’t think getting paid $20 an hour is relief from slavery. I just think it’s indoctrinated slavery and it’s the same as it ever was. 

I don’t have enough bullets to take them all out. It is going to fall, it is falling the Empire…the King has no clothes, he stinks. It’s very important for me to be out there accusing them of what they’re guilty of. 

Lisa Marie: I just listened to one of the latest episodes of your podcast, entitled “Mad Women/Bad Choices” with the poet Matilda Joon, it was a very interesting episode…

THE LYDIAN SPIN

Lunch: It’s mandatory listening. I want women to be powerful, strong and not take any shit, physical, psychological or psychic, but we do fall into the trap and that episode especially, you know discusses it. First of all Matilda’s poem is so beautiful, because it’s darkly beautifully romantic. And then whatever age, we sometimes fall into these romantic traps, hoping for better than the last time. But you have to be strong enough to know that you’re not going to take any shit. Then the second part of the podcast is talking to the wife of somebody that was accused of horrible atrocities many years later, which were basically pumped up fraudulent and perverse in their very nature, and incorrect. We always hear the accusations, but I’ve never heard of a wife of somebody who has the evidence against the accuser, which proves them absolutely ridiculous. I mean; that’s just one side of the conversation we’ve never had which we have to have.

I’m never, never victim blaming here. I’m blaming mothers for not teaching their daughters to be stronger. And fathers for not teaching the men…you know don’t teach them to just be strong, “act like a man, don’t cry”. It just turns men into bullies. And I think there’s a real problem with raising children with a sexual segregation concept. If women embraced their masculine tendencies more and men embraced their feminine tendencies more, we’d be a lot better off as a society. Especially when we have so many of these dictators, these masculine impotent warmongers, these loud-mouthed insecure cocksuckers in positions of power. 

We need to be taught we once were warriors as women. You can learn how to crack a dick if you don’t like it, I’m just saying. That’s only a very intimate small concept of the problem. The problem is so much bigger because it’s global, it’s forever, and it’s eternal. Women are chronically abused and so are men, a lot of men are abused just for being men, because they’re not the men who are the fucking pricks. There are many sides to the injustices. That’s why I can never shut up, have to keep trying to express it in as many ways as possible. 

Lisa Marie: This magazine is called Love Love magazine, and on the subject of romantic love, I’ve heard you say before that it worked for you having many boyfriends at the same time, so I was wondering: What are your thoughts on romantic love? Do you have any tips to navigate it?

Lunch: You know at this point, having lived the life I’ve lived, at some points I might have had six boyfriends at once, but that’s only because I didn’t put the responsibility on them satisfying every need under one. I think that’s rude. I think that’s where a lot of relationships fail and then you’re disappointed. I had to look up the word disappointment in the dictionary a few years ago. “Disappointment” – you expected or assumed something and you didn’t get it. Well I don’t put the burden of my satisfaction onto one person and sometimes I don’t put the responsibility on anyone but myself. I think that we have to learn to fill the void within ourselves as women, especially so that we are more liberated in a relationship. So we don’t panic about stupid things like jealousy. I mean; I’ve felt jealous once. I was like “oh my God this is so horrible, how do people live in this”? I have a lot of love for people. I’ve had a lot of long-term relationships; I mean I’ve had more than three or four seven year long relationships. I’ve had a lot of one-hour relationships too; let’s get that straight. I have an incredible amount of love, but it doesn’t always have to be in the romantic one-on-one form you know. There are many types of love. But I think that once you can learn to be more satisfied within yourself you’ll be less disappointed in a relationship either in the beginning or at the end of it, and you can bring more to it. 

You can have love on many different levels with many different people and you don’t always have to have your fucking heart broken. Not that I haven’t had my heart broken, come on we all have. But not anymore, no need, because I got too much love for myself. 

Lisa Marie: What I’m picking up from you is to keep your independence in a relationship…and maybe right off the bat you can say “this is what I want” and put everything on the table?

Lunch: And also you got to just get rid of the concept of sexual jealousy. Because in a relationship, libido will change at different paces and sometimes you just might not be as into it as you were in the beginning. I look at it this way, if somebody likes to golf and you don’t, they should be able to go fucking golf. If somebody wants to fuck and you don’t want to fuck, they should be able to go out and fuck. And that’s just my opinion, that it makes a better relationship.

I don’t believe in monogamy, the same way I don’t believe in marriage, the same way I don’t believe in the US government. I don’t believe in the stock market and I certainly am never going to be involved in childbirth. I just don’t believe in it, I think it’s wrong, I think it’s a Christian construct to keep our pussies from having fun. Sometimes you just gotta feed the puss baby. Sometimes you just got to do it, doesn’t always have to be with a guy you’re sleeping with, hell.

You’re welcome to that little bit of sexual advice. 

Lisa Marie: Thank you Lydia. 

Let’s go back to your teenage years. You quit school and went to New York at the age of 14 I think?

Lunch: I went at 13, went back and got money, then I went at 16 for good yeah. I quit school at 15. They wanted me to read John Steinbeck. I refused. I’d already read Hubert Selby, and Henry Miller. My English teacher said “this class isn’t for you is it”? I said: “no, and neither is school” and I just walked out the door and never went back.

Lisa Marie: And then you went to New York? So this is like the middle of the 70s? 

Lunch: I first went in ‘73 and then I went back in ‘76 with a little money in my pocket that I got from working at a hotel with a fake ID, because I was of course underage. 

Lisa Marie: This is a period that a lot of people are dreaming of right now. I was just wondering what it was actually like when you got there? 

Lunch: First of all New York was like Beirut on the Hudson. The Lower East Side where everybody moved, so many buildings were bombed out and firebombed and basically it was a ploy by real estates and banks to burn out all the people living in low rent apartments; the artists, the gays, the immigrants, the weirdos…I had my first apartment cost $75 in New York. You can’t rent a toilet for $75 (today) but they had purposely burned out a lot of the Lower East Side because bankers and real estate agents, unlike you and me who think about paying our rent next month, they think in 20 to 30 yearlong cycles, so what happened 30 years later is now an apartment where I used to live for $75 is $3000, because they purposely burned it out and got rid of all of the immigrants, weird artists etc. and made it unaffordable. Unless you have a rich Daddy. 

Nothing bad ever happened to me on the streets in New York because I was just immune to it. But you had to learn the lesson of literally every five steps you’d be verbally harassed. You can’t fight everybody on the street verbally or physically so I had to become kind of a street walking comedian. Cuz by the time they stopped laughing you’re already off the block. My comedic side was developed on the streets.

It was a great period, but there were many great periods I think, of creativity as a virus that had gone in cycles in cyclical geographical places until the internet took over and then everything was more dispersed. I mean if you look at it like Weimar Berlin in the 20s and 30s, Chicago in the 40s with the blues, the 50s could be Memphis and rock and roll, the 60s and 70s were like London, New York, New York in the 80s, then things started to change, because the internet didn’t necessarily need a cheap geographical place for people to go to. In that sense I think creativity was like a moving virus that people were attracted to. New York was, I mean, there was so many different types of art happening then. Because of what had just come before us, like the race rights, like Vietnam, like Nixon, like the Kennedy assassination, like Charles Manson, there were so many intensely awful things happening that we had no choice… Taxi Driver for instance, that was you know influential to me, you had to absorb and spit out…in a city which was told to drop dead by the president at that time. General Ford literally told New York: “drop dead”.  It was already bankrupt.

What do you want to do, kick it into the fucking river you know? So I went to New York and I just threw myself into it and my first friends were Suicide. Hence what I’ve been touring with now, a tribute to the group Suicide. Since they no longer can. You know, seeing the group Suicide, they were very influential because I knew I didn’t want to do normal music. The music that had inspired me: The New York Dolls, to run away to New York or whatever, it was all too conservative to me at the time, and really I went there to do spoken word, but there was not the venues for it. It was rock and roll poetry, which I didn’t want to do, so in starting with a band that was half instrumental, the words are so important…by 1982 I was curating spoken word shows, forcing my words into the public’s face, whether they liked it or not.

Lisa Marie: You were living in an apartment just by Max’s Kansas City? 

Lunch: Yeah, that was the first place when I ran away. I just went to a bar I had heard about, picked up the lead singer and moved into a loft that Kitty, Lenny Bruce’s daughter was just moving out of and it was around the corner from Max’s Kansas City, and that’s how it all began.

Lisa Marie: How long did you stay there?

Lunch: A couple of months. You know, I was moving around a lot. I mean, face it, I wasn’t going to be gainfully employed, standing on the corner with a yellow notepad asking women for a dollar for the United Cancer Fund, because children are born with cancer. I needed $10 a day, then you didn’t need more and I would just couch surf a bit until I finally got an apartment for $75. Who knows, I don’t even know how I supported myself all those years in New York, but it was a lot freaking cheaper than it is now, so… 

Lisa Marie: Going back to spoken word that you just mentioned, you started in the early 80s.

You just said that you wanted to do it earlier?

Lunch: Well actually, my first performance was when I was 14 in Buffalo New York. All I remember is strobe light, acid negative poetry; that was it. 

Lisa Marie: You’ve said that when you first started doing spoken word you had to use aggressive language, “the language of the enemy to exercise your own demonic possession”? Going back to the States, with what’s going on today, I was thinking of this, you know “aggressive language” being used (by the Republicans). Do you feel the need to use the same rhetoric back at them?

Lunch: Well, you know what, I’m pretty aggressive. I can be fucking brutal and I am a great heckler, so first of all you can’t out heckle me. Especially now. I feel my language has always been brutal. My language has always been aggressive, when dealing with politics and the thing is, you know I remember one critic from The Village Voice who liked a lot of my peers, Karen Finley David, she accused me in my first full show: like “you exaggerate fucking war” all right? Really, one small woman with a big mouth…and so 20 years later, when I’m doing a piece called “This Is For The Ghost of, you know, The Widows and Orphans” and name a lot of the war torn zones, she was on her knees crying: “I’m going now”. Do you fucking get it, how do you exaggerate war? My language is so outlandish and aggressive that it seems an exaggeration, but people are dying by the thousands and thousands, shut up. I can’t stop talking about the fucking war. My documentary is called “The War Is Never Over”, whether it’s the war within yourself or the bigger political war. I can’t stop because it doesn’t stop, so I just have to find new languages, new methods, new ways, the podcast in order to be as I truly see myself; one woman on a mountain with a bullhorn and a rifle and I know how to fucking use it by the way.

Lisa Marie: Don’t ever shut up yeah.

Let’s talk a little bit about music. You’ve work with artists like Brian Eno, Nick Cave and Sonic Youth. I’m interested in how you stayed working independently and continuing with your art without the help of like major labels?

Lunch: First of all no major labels would touch me ever. Brian, you know, did nothing for the New York album as far as Teenage Jesus is concerned. Nick Cave means nothing to me. It was Roland S. Howard that was important and we did, you know, Shotgun Wedding and Some Velvet Morning. Sonic Youth, did one song with them… Jim Thirlwell was far more important, we did a lot of stuff. Thurston Moore.

Because I’m a conceptualist I think of a sound I need to make and then I decide who most can appropriate that sound. So nobody (other than Omar Rodriguez) rarely ask me to do anything. I’ve always pursued them, but not for who they are, but for what we can make together. If you ask me who I wanted to work with whom I haven’t yet I would say: “I don’t know” because the concept dictates whom the participants are. And also because my music is contradictory constantly. I’m like a musical schizophrenic I guess. I listened to too much David Bowie until Diamond

Dogs, my favourite, and I learned musical schizophrenia from him.

Lisa Marie: This particular issue of Love Love has a theme; it’s The Dream issue. I’ve heard you say that you sleep very little so, my question is do you dream when you sleep? I also heard you say that you were resting a lot and that you go into a meditative state…Do you feel connected to your subconscious?

Lunch:  Look, I sleep in shifts. I have for many years, but it suits me. I sleep in two hour shifts, I wake up for a while, go back to sleep. I rarely dream or if I do, I don’t remember because I don’t sleep long enough, but when I do have dreams…the last dream I had was “one of my lovers who was a murderer who committed suicide and one of my lovers that went to prison for 10 years”, I dreamed that the one who committed suicide was alive, the one that was in prison came to visit and the dead one gave the living one who walked in, like the undertaker, the wrestler, a suplex and I woke up I’m like “well the dead one would have killed the convict if he knew him”, that’s the kind of dreams I have, intense.

Lisa Marie: You’ve described yourself as a nomad. I was just wondering, how you’re living now? Do you have a place? 

Lunch: As I said, I’ve been to Europe six times in the past year. I always want to move. I’ve lived in New York, New Orleans, Pittsburgh, which I loved, San Francisco, Los Angeles twice, London, Barcelona… I have a lovely apartment now, thank you, but every two weeks I’m like “and next”? I’m just a road dog and that kind of abates some of my Wanderlust, yeah.

Lisa Marie: We met briefly at the University of Chicago here in Paris just a few weeks ago and you were reading from five of your favorite writers : Hubert  Selby Jr., Henry Miller, Herbert Huncke, yeah, all dead white men now…

Lunch: That was the title of thing: “Dead Men Talking”.


Lydia Lunch’s “Dead Men Talking”. University of Chicago, Paris, 2025. Photo: Lisa Marie Järlborn.

Lisa Marie:  What influenced you with these specific writers and do you think there’s a reason for them being male ?

Lunch: Well, it influenced my style of writing in the sense that they were speaking about real life and that was important to me. They were speaking about their resistance to the norm. They were all living outside of everything and expressing the horrid possibilities of both the best and the worst of life as we know it. Especially Henry Miller, who was writing and left America in the 30s. That piece that I read, he wrote that right before he left for Paris, and that’s just so darkly romantic and beautiful. It’s not that I haven’t read great female writers, it’s just that these are the ones that influenced me when I got my hands on those books when I was 12 or 13. They were speaking to a very dark side of life that I could relate to in my own darkness, living in a black basement, which I would escape from regularly…Also Henry Miller, was the master of runon sentences and I think my entire life is a runon sentence, because I won’t shut up.

Herbert Huncke, famous people don’t really know who he is although he was the inspiration for “Junkie”. He brought William Burroughs and Allen Ginsburg to Kinsey. The Kinsey Report was doing a study on sexuality in the 50s and they’d pay you $3 or something and Huncke brought them both to that and, you know shot William Burroughs up for the first time. I don’t know if that’s a benefit or a deficit, but he did do it, so he was the original junkie and he was the one who’s lifestyle was accessed then applied to the writing of both Burroughs and Ginsberg. Originators are often overlooked. In France most of these writers are much better known than they are in America. I can’t believe how many of my friends have never read Henry Miller. I just don’t get it, I’m like are you fucking me? What are you talking about? Mainly because his language is very poetic and it’s just a really great description of a life both seeking pleasure and dissatisfied with the status quo. Hello, welcome to my world.

Lisa Marie: I know you lived Barcelona for a while? 

Lunch:  Yeah I lived in Barcelona longer than I lived anywhere, including New York. I actually lived in Barcelona longer than the total of what I’ve lived in New York, because I mostly perform in Europe and I left after Bush stole the second election. Now does that mean I’ll be leaving now that there’s a new king in New York? Well I might have to stay here as the liver of America just to flush out the shit. I’m not sure I can do that from anywhere else.

Marc Hurtado with The Dream – Love Love #9. With this interview in print. With Cynthia Ross & Lisa Marie. Photo: Michelle Pedone.

Lisa Marie: For how long have you’ve been playing with Marc Hurtado? 

Lunch: I don’t know, eight years I have no idea. I do other things, other music as well. I went from the Suicide tribute to Murderous…Again in the States which is a three piece I have with Tim Dahl, the co-host of my podcast and Matt Nelson, and that’s bass, sax and vocals. I consider that satanic symphonies and verbal burlesque, so there’s a way to get spoken word, but with music. 

Lydia Lunch & Marc Hurtado. Supersonic Records, Paris, 8 mai 2025. Photo: Lisa Marie Järlborn.

Lisa Marie: What’s next?

Lunch: Watching Forensics, drinking a little whiskey probably, with tart cherry juice. I have two albums that are finished that’ll come out. Eventually one with Sylvia Black, one with Tim Dahl, and right now I’m showing my film “Artists – Depression Anxiety and Rage” around.

By Lisa Marie Järlborn. French translation by Alexia Lamy.